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Charge et fatigue

La fatigue en ski alpin : ce qu'elle coûte au chrono

Tout le monde sait qu'une course fatigue. On sait moins combien elle coûte, et par quel mécanisme cette fatigue fait perdre du temps. Des travaux menés à l'Université Savoie Mont Blanc ont mesuré les deux, capteurs de force aux pieds des skieurs.

Trente virages, un cinquième de la force en moins

Le protocole est simple. Des skieurs enchaînent trente virages de slalom géant à intensité de course, et on mesure leur force maximale avant et après. Le résultat ne l'est pas moins : la force maximale des extenseurs du genou chute de 20 %. Sur une section de référence de six virages, le temps s'allonge de 2,8 %, soit un peu plus d'un quart de seconde (Chollet et al., 2025).

L'activité musculaire mesurée pendant le virage montre où la fatigue frappe : surtout à l'initiation du virage, et surtout sur la jambe intérieure (Chollet et al., 2025). C'est cohérent avec ce que décrivent les entraîneurs, une entrée de virage qui devient molle en fin de manche.

Pourquoi la fatigue fait perdre du temps

C'est le résultat le plus intéressant, parce qu'il est contre-intuitif. Une fois fatigué, le skieur ne pousse pas moins fort : la force totale appliquée sur la neige ne change pas en moyenne. Ce qui change, c'est l'orientation de cette force. La part utile, celle qui est dirigée vers l'intérieur du virage et qui fait tourner, baisse de près de 13 % (Chollet et al., 2024b).

Les conséquences s'enchaînent. Une force mal orientée fait dissiper de l'énergie au lieu de la convertir en trajectoire, ou allonge le chemin parcouru. Dans les deux cas le chrono se dégrade. Autrement dit, la fatigue ne se paie pas en puissance perdue, elle se paie en précision perdue.

Aller plus vite ne fait pas toujours aller plus vite

Le même groupe a testé une autre question : que se passe-t-il si un skieur entre plus vite dans une section de virages ? Des passages ont été chronométrés à des vitesses d'entrée allant de très lentes à maximales.

Il existe un seuil au-delà duquel la vitesse supplémentaire est perdue. Trop rapide à l'entrée, le skieur doit dissiper tellement d'énergie pour tenir sa trajectoire qu'il ressort plus lent sur les virages suivants. Ce seuil dépend de deux choses : la force que les jambes peuvent produire, et la qualité technique avec laquelle cette force est orientée (Chollet et al., 2024a). Les deux se travaillent, mais pas au même endroit.

Tous les skieurs n'encaissent pas pareil

Un chiffre mérite d'être isolé. Sur le groupe testé, la perte de force moyenne après le protocole de fatigue est de 9,9 %, avec un écart-type de 25,6 % (Chollet et al., 2024b). L'écart-type est plus grand que la moyenne : certains skieurs sont à peine touchés, d'autres s'effondrent.

C'est un argument direct contre les règles de groupe. Appliquer la même consigne de récupération, le même volume de manches et la même lecture de la fin de séance à tout un groupe revient à se tromper sur une bonne partie de l'effectif. Ce qui compte, c'est de savoir où se situe chaque athlète.

Ce qui protège : l'endurance de force

Si la fatigue coûte du temps, la capacité à y résister devrait en faire gagner. C'est ce que confirme une étude sur 59 skieurs, testés sur presse à cuisses isométrique dans une position proche de la conduite d'un virage. Trois qualités mesurées : la force maximale, la vitesse de montée en force et l'endurance de force.

L'endurance de force est ce qui sépare le plus nettement les skieurs de niveau national des skieurs régionaux, devant la force maximale. C'est aussi la seule qualité associée au classement en géant, en super-G et en descente, avec un lien nettement plus fort en descente. Le slalom fait exception : il va avec la vitesse de montée en force, ce qui se comprend pour une épreuve où chaque virage dure moins d'une seconde (Chollet et al., 2026).

Ce que ces chiffres ne disent pas. Les études sur la fatigue portent sur de petits groupes, six et douze skieurs (Chollet et al., 2025 ; Chollet et al., 2024b), et uniquement sur du slalom géant. Les ordres de grandeur sont solides, la transposition au slalom ou à la descente reste à établir. Et une association entre une qualité physique et un classement n'est pas une prédiction : même en descente, le physique n'explique que la moitié des écarts.

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Références

  1. Chollet M, Delhaye C, Samozino P, Bowen M, Morel B, Monjo F, Hintzy F (2024a). The "velocity barrier" in giant slalom skiing: An experimental proof of concept. Scand J Med Sci Sports 34(1):e14515. PubMed
  2. Chollet M, Hintzy F, Cross MR, Delhaye C, Morel B, Monjo F, Samozino P (2024b). Fatigue-induced alterations in force production, trajectory and performance in alpine skiing. J Sports Sci 42(20):1904-15. PubMed
  3. Chollet M, Samozino P, Morel B, Bowen M, Marine A, Hintzy F (2025). Fatigue-induced changes in electromyographic activity after repeated racing turns: a pilot study. Eur J Appl Physiol 125(5):1423-35. PubMed
  4. Chollet M, Cross MR, Hintzy F, Patterson C, Morel B, Bowen M, Samozino P (2026). Lower-Limb Strength in Alpine Skiing: Are Maximal, Explosive or Endurance Capacities More Important for Performance? Scand J Med Sci Sports 36(3):e70231. PubMed
  5. Chollet M (2024). Fatigue, production de force et performance lors de virages en ski alpin. Thèse de doctorat, Université Savoie Mont Blanc. Synthèse des quatre études ci-dessus, texte intégral libre. HAL